Littérature coréenne – Génération B de Kang-myoung Chang

Génération B

Aujourd’hui je vais vous parler du livre Génération B de Kang-myoung Chang, un livre qui relate du mal-être ambiant des jeunes en Corée du sud avec un thriller glaçant.

Génération B est un livre écrit par l’auteur coréen Kang-myoung Chang qui est sorti en France en 2019 mais il était sortie en 2011 sous le titre 표백 en Corée du Sud. L’auteur s’était déjà fait connaître en France avec le livre Parce que je déteste la Corée. Son nouveau livre Génération B est édité en France par les éditions Descrescenzo, un éditeur spécialisé dans les récits asiatiques. C’est le premier roman contemporain coréen que je lit et je remercie Descrescenzo de m’avoir permis de découvrir ce livre.

Résumé : Un groupe de jeunes étudiants s’appliquent à franchir les étapes selon le modèle normatif de réussite en Corée : intégrer l’une des meilleures universités puis un grand groupe comme Samsung. Mais cette génération subit un monde dans lequel les grands rêves d’autrefois n’ont pas d’équivalents aujourd’hui… Lorsque le succès leur tendra enfin les bras, la machine s’emballera : sur un site baptisé whydoyoulive.com, des vidéos de suicide sont publiées selon un agenda bien précis. Le site Internet gagne en audience et bientôt le phénomène se propage comme une traînée de poudre…

 Génération B

Un thriller déroutant en Corée du Sud

Déroutant c’est vraiment le mot qui m’est venu pour décrire ce roman. Dans le roman Génération B, on suit la vie d’un étudiant et comment il va évoluer dans la société coréenne après sa rencontre avec Seyeon, une étudiante brillante mais qui cache quelque chose qui va marquer le pays. Ce qui est particulier dans ce récit, c’est l’alternance entre les passages du narrateur, des articles de presse et surtout des textes énigmatiques avec des réflexions sur la société et qui comportent des noms de codes. Dans la manière dont c’est présenté dans le roman avec un fond gris, je pensais au début que c’était un complément d’information comme on peut en trouver dans les livres scolaires.

Au fil du récit, il y a plein de questions qu’on se pose en tant que lecteur. On voit qu’il y a un rapport avec la vérité mais quel est le but de ces textes ? Pourquoi certains personnages sont morts et sont-ils vraiment morts ? Qui tire les ficelles du site  whydoyoulive.com ? etc. On se pose aussi la question de qui sera la prochaine personne à mourir et il y a un côté inéluctable car pas grande monde arrive à empêcher les morts.

Au début le récit est dans un environnement étudiant et plus on avance, plus on se retrouve embourbé dans une ambiance où il est difficile de s’extirper. On suit le parcours du personnage principal qui passe de la vie étudiante plutôt tranquille à une vie d’employé où il est difficile de se sortir des heures supplémentaires. Il y a aussi un côté de jeu de piste comme il y a plein de questions qu’on se pose. Ce n’est clairement pas la meilleure enquête policière que j’ai lu mais il y a quelque chose qui fait que j’avais juste envie de savoir ce qui allait arriver au narrateur.

Les personnages contribuent énormément au côté sombre du récit car ils sont tous plein de failles et sont imprévisibles sur ce qu’ils peuvent faire. On a vraiment à faire à des personnages lambda qu’on pourrait connaître dans la vraie vie. Après ils ont tous un côté outcast, mais c’est ça qui est super intéressant à suivre.  Tous les personnages ont la particularité de tous avec connu Seyeon et d’avoir un rapport particulier avec elle. Et comme il y a un mystère autour de Seyeon, c’est d’autant plus intriguant car on a du mal à la cerner. Aussi on se pose la question de si le narrateur va suivre les autres personnages dans les tourmentes car rien ne lui réussit.

La lecture de Génération B m’a un peu perturbé au début car on est baladé entre le narrateur et les textes en ligne mais plus on avance dans la lecture, plus le puzzle se reconstitue et donne lieu à un état des lieux de la société coréenne.

Une plongée dans le système coréen et la génération B désabusée

Ce que j’ai le plus apprécié pendant la lecture de Génération B, c’est le portrait des jeunes étudiants et des pressions sociales qu’ils peuvent avoir en Corée du Sud. On ressent bien l’angoisse de vouloir réussir à faire quelque chose de leur vie mais aussi du fait qu’ils veulent essayer de ne pas se conformer au système qui a l’air d’être oppressant. On voit aussi l’omniprésence et de la difficulté des concours pour l’administration et des entretiens pour avoir un travail. En plus, les parents n’aident pas forcément car ils cherchent juste à ce que leurs enfants réussissent à tout prix. J’ai aussi apprécié le fait que l’auteur montre des jeunes qui ne savent pas forcément ce qu’ils veulent faire de leur vie.

En plus des difficultés des études, le roman permet de voir à quel point cela peut être difficile de s’en sortir à Séoul si on n’a pas d’argent mais qu’on doit quand même passé des concours. Dans Génération B, le narrateur cherche à passer son concours mais se retrouve dans une relation toxique pour pouvoir être dans un logement décent qui correspond à son budget. Et juste le fait de passer ses concours l’empêche de profiter de sa jeunesse car il doit bachoter en permanence. Le roman permet de montrer une facette de la vie étudiante en Corée qui n’est pas aussi glamour que dans les dramas.

Ce qui m’a aussi marqué dans le roman c’est que pour atteindre un métier, il faut passer des concours ou avoir le concours qui va bien. Cela montre le fait qu’en Corée du Sud, on veut mettre les personnes directement dans des cases. Aussi il y a le fait que dans le roman, les personnages n’ont pas l’air de faire ça pour eux même mais pour se conformer au moule qui existe. Et il n’y a pas de place pour autre chose. Qu’est-ce qu’on fait qu’on on n’y arrive pas ? Les jeunes apprennent à être les meilleurs, mais qu’est-ce qu’il se passe quand on n’est pas les meilleurs ? C’est là qu’on voit les limites du système coréen. Quelle est la place pour le bonheur ?

Un autre aspect sociétal abordé dans Génération B, c’est l’utilisation d’Internet. Le récit ayant été écrit en 2011, il n’y a pas énormément de mention des réseaux sociaux mais il y a le site internet whydoyoulive.com qui va générer un engouement auprès de cette génération désabusée. Dans ce roman, Internet fait partie du récit pas de manière permanente mais de manière légère et c’est comme si c’était un outil que la Génération va se servir pour se révolter ou pour trouver des solutions. Après je pense que cet aspect aurait pu être un peu plus accentué mais je pense que c’était une volonté que cela ne prenne pas le pas sur la description de la génération et de ses contraintes.

Génération B est un récit fictif qui relate bien des problèmes de la génération des jeunes coréens. J’ai beaucoup aimé le fait que cela montre les questions que des coréens lambda se posent sur leur vie et de ce qu’ils veulent en faire et le parallèle avec les choses imposées par la société coréenne.

Le rapport des nouvelles générations à la mort et à la vie

L’aspect thriller n’est pas ce qui m’intéresse le plus dans les romans. Par contre ce que j’ai beaucoup aimé lors de la lecture de Génération B, c’est comment les personnages se positionnent par rapport à la mort et à leur vie. Le personnage de Seyeon incarne un peu cette notion de mort car tout est intriguant avec elle du début jusqu’à la fin du livre. Aussi comme ça parle de suicides assez constamment, cela nous oblige à réfléchir sur pourquoi ces suicides ont eu lieu. Il y a différents points de vue sur ce sujet dans le récit qui sont liés aux différents personnages du romans qui ont tous des conditions différentes.

Il y a un aspect très philosophique dans le livre car la notion de mort n’est pas seulement considérée comme la fin de vie d’un être mais aussi de ce qu’elle peut représenter dans la société. Je ne peux pas trop expliciter ce point car il risque de spoiler un peu. Mais en tout cas, je trouve que ce point m’a vraiment plu dans la lecture de ce roman. Aussi tout au long du roman on se retrouve enfermé dans un certain cycle lié à la mort. Mais quelle est la place de la vie et de ce qu’on fait dans la vie ? Est-ce que les actions des personnages peut influer ou changer la société ?

Attention spoil mais voici mon avis sur la fin

La fin avec la narrateur qui devient positif m’est un peu tombée des mains mais pourquoi pas. Le narrateur a touché le fond mais il sait qu’il veut rester en vie. En fait même s’il y a des contraintes dans la société, les personnes ne sont pas obligées de les suivre et chaque personne peut faire ses propres choix. Seyeon a tellement fasciné les autres donc je me suis posée la question de est-ce qu’ils ont choisi la mort de leur plein gré ou est-ce que c’était leur fascination pour elle qui les a empêché de réfléchir par eux même ? D’ailleurs j’aime bien comment le narrateur a évolué, au début on aurait dit quelqu’un de sarcastique et d’asocial. Il a ensuite essayé de rentrer dans le moule mais sans succès. Après avoir vu des morts différentes de personnes qu’il connaissait, son choix n’est pas de mourir mais d’essayer de vivre et de faire au mieux. Je trouve ça quand même paradoxal qu’il ait autant d’espoir mais c’est peut être pour ça qu’il a été choisi en tant qu’Antécrist.

Fin du spoil

Génération B est un roman qui plonge pleinement dans les problématiques de la nouvelle génération d’étudiants en Corée du Sud. La narration en ping pong peut perturber au début mais cela permet d’avoir une autre vision de l’histoire. Le suspense est bien maintenu tout au long du récit et on a juste envie de découvrir le fin mot de l’histoire. La lecture de ce roman m’a fortement fait réfléchir sur des notions sur la mort. Même si c’est sortie en 2011 en Corée, il  a toujours un fond qui doit être vrai. J’espère en tout cas que ma chronique vous donnera envie de le lire (même si mon article ressemble à un pavé) !

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